Un conflit qui se répète n'est pas, en soi, le signe que l'amour manque : dans les données, c'est d'abord le signe d'un cycle. L'un insiste, l'autre se retire; l'un cherche de la proximité, l'autre protège son espace; chacun réagit à la réaction de l'autre, jusqu'à ce que la dispute porte sur la dispute elle-même. Une méta-analyse de 74 études associe ce schéma « poursuite-retrait » à une moins bonne satisfaction conjugale, quel que soit le partenaire qui joue quel rôle. La bonne nouvelle est double : la façon de communiquer ne prédit que modestement l'avenir d'un couple, et les couples qui consultent améliorent nettement leur satisfaction. Comprendre le cycle avant de chercher qui a raison change la question — et souvent la réponse.
Le cycle avant les torts
Le schéma le plus étudié des conflits de couple a été décrit il y a plus de trente ans sous le nom de demand/withdraw — poursuite-retrait : un partenaire demande, critique ou insiste; l'autre se tait, évite ou quitte la discussion2. Une méta-analyse de 74 études et de 14 255 participants trouve que ce schéma est lié de façon « modérée et substantielle » à l'ensemble des issues mesurées — dans le sens d'issues relationnelles moins bonnes (r = 0,36) —, avec des tailles d'effet similaires selon que la femme poursuit et l'homme se retire (r = 0,38) ou l'inverse (r = 0,39), et un lien plus fort dans les échantillons cliniques que dans les couples non en détresse1. Une étude dyadique récente (175 couples hétérosexuels, en Espagne) précise que « le schéma interactif retrait de l'un – demande ou agression de l'autre était corrélé à une faible satisfaction relationnelle chez les deux partenaires »3.
Ces données disent que le problème n'est pas d'abord la personne qui insiste ni celle qui se retire, mais la boucle qui les lie : plus l'un poursuit, plus l'autre se ferme; plus l'autre se ferme, plus l'un poursuit. Elles ne disent pas que ce cycle cause la rupture, ni qu'il décrit votre couple — ce sont des tendances de groupe, mesurées surtout par questionnaire.
Sous le cycle, des besoins
Pourquoi l'un poursuit-il et l'autre se retire-t-il? La recherche sur l'attachement adulte offre une lecture utile, à condition de ne pas en faire des étiquettes. Une méta-analyse de 132 articles et de 71 011 participants trouve que l'anxiété d'attachement — le besoin d'être rassuré, la crainte d'être abandonné — est associée globalement à une moindre satisfaction (r = −0,32; IC 95 % −0,35 à −0,29), et l'évitement — le besoin de garder distance et autonomie — plus encore (r = −0,44; −0,47 à −0,41); les liens avec la satisfaction du partenaire existent aussi, mais sont plus faibles (−0,12 et −0,14)5. Une méta-analyse antérieure nuance : comparé à l'anxiété, l'évitement est « plus négativement associé à la satisfaction générale, au sentiment de connexion et au soutien », tandis que l'anxiété est « plus positivement associée au conflit »4.
Lus ensemble, ces résultats dessinent le cycle sous un autre angle. Celui qui poursuit exprime souvent un besoin de proximité, de reconnaissance ou de sécurité : « montre-moi que je compte ». Celui qui se retire protège souvent un besoin d'autonomie ou de calme : « laisse-moi de l'espace pour ne pas être submergé ». Aucun de ces besoins n'est illégitime; c'est leur collision, et la manière dont chacun interprète la réaction de l'autre, qui alimente la boucle. Le retrait est lu comme du désintérêt; l'insistance est lue comme une attaque. Chercher qui a raison revient alors à demander lequel des deux besoins compte le plus — une question sans bonne réponse.
Les mêmes mécanismes se retrouvent lorsque le conflit porte sur un choix de vie : par exemple lorsqu'un partenaire hésite sur une décision de carrière, qui se joue entre intérêts, valeurs et contexte, et que l'autre y lit une menace pour la sécurité du couple.
Il n'y a pas une seule bonne façon de se disputer
On répète souvent qu'il suffirait de « mieux communiquer ». Les données sont plus nuancées. Une revue de la recherche sur la communication en conflit conclut que « l'opposition directe est bénéfique lorsque des problèmes sérieux doivent être abordés et que les partenaires sont capables de changer, mais peut être nuisible lorsque les partenaires ne sont pas assez confiants ou en sécurité pour être réceptifs », et qu'inversement une communication coopérative faite d'affection et de validation « peut être nuisible lorsque des problèmes sérieux doivent changer, mais bénéfique lorsque les problèmes sont mineurs, ne peuvent être changés, ou impliquent des partenaires dont la défensive entrave la résolution de problèmes »6. La bonne stratégie dépend du problème, de la capacité de changer et de la sécurité ressentie — pas d'une règle universelle.
Le pouvoir prédictif de la communication est d'ailleurs modeste. Une méta-analyse de 64 études longitudinales trouve que la communication négative prédit la qualité ultérieure de la relation (r ≈ −0,17) et la rupture, mais les auteurs concluent que « ces effets sont petits, ce qui suggère que des évaluations uniques et précoces des comportements de communication positifs et négatifs ne peuvent être que modestement prédictives du fonctionnement relationnel ultérieur »7. Une synthèse de la décennie 2010, portant surtout sur des couples mariés américains, confirme : la communication négative « peut être difficile à changer, ne mène pas nécessairement à des relations plus satisfaisantes lorsqu'elle est changée, et ne prédit pas toujours la détresse », et pour la plupart des couples la satisfaction « reste relativement stable pendant de longues périodes »8. Une mauvaise passe ne condamne rien.
Ce qui pèse le plus lourd, d'après l'une des plus vastes analyses disponibles (43 cohortes, 11 196 couples), ce sont les jugements de chacun sur la relation elle-même. Dans cette analyse, « les propres jugements des personnes sur la relation — à quel point elles percevaient leur partenaire comme satisfait et engagé, et à quel point elles se sentaient reconnaissantes envers lui — expliquaient environ 45 % de leur satisfaction actuelle »; ni la personnalité, ni les traits, ni même les jugements du partenaire n'ajoutaient d'information9. Ce que l'on croit de l'engagement de l'autre compte plus que la manière dont on se dispute — ce qui ramène aux besoins mal lus du cycle.
Quand ce n'est pas un conflit
Quel type d'accompagnement peut aider?
Les couples qui consultent s'améliorent nettement. Une méta-analyse de 58 études et de 2 092 couples trouve que « la thérapie de couple a un effet important sur la satisfaction relationnelle » (g de Hedges avant-après = 1,12; IC 95 % 0,92 à 1,31, sans groupe de comparaison), alors que « les couples assignés à des listes d'attente ne s'améliorent pas significativement »10. Une autre, limitée aux essais randomisés, rapporte des effets moyens après l'intervention (g = 0,60), plus petits six mois plus tard, sans « différence significative de taille d'effet » entre les approches centrées sur les émotions et les approches comportementales — avec un possible biais de publication à garder en tête11. Le message n'est pas qu'une méthode l'emporte : c'est qu'un espace où les deux besoins peuvent être nommés sans que l'un doive perdre est ce qui manque au cycle.
Lorsque le conflit touche l'intimité, le désir, la façon d'être proche ou la place de la sexualité dans la relation, un accompagnement en sexologie s'y adresse directement; le champ d'exercice de la sexologie porte sur l'évaluation du comportement et du développement sexuels et sur les interventions visant « un meilleur équilibre sexuel chez l'être humain en interaction avec son environnement »17. C'est souvent là que l'on découvre que l'intimité a changé après un événement difficile, et que le conflit en est le symptôme plutôt que la cause.
Lorsque ce qui use le couple est une situation — responsabilités familiales qui écrasent le lien, charge mentale inégalement répartie, difficultés financières, logement, démarches —, un accompagnement en travail social agit sur le contexte autant que sur la relation; le champ d'exercice du travail social vise le fonctionnement social de la personne « en réciprocité avec son milieu »18. Parfois, un soutien psychosocial concret fait plus pour un couple qu'une énième conversation.
La première question à poser en consultation n'est pas « qui a tort? », mais « quel besoin chacun protège, et depuis quand l'autre ne l'entend plus? ». C'est là que le cycle cesse d'être une preuve d'incompatibilité pour redevenir une boucle que deux personnes peuvent apprendre à interrompre.
Sources
- Schrodt P, Witt PL, Shimkowski JR. A Meta-Analytical Review of the Demand/Withdraw Pattern of Interaction and its Associations with Individual, Relational, and Communicative Outcomes. Commun Monogr. 2014;81(1):28-58. DOI 10.1080/03637751.2013.813632
- Christensen A, Heavey CL. Gender and social structure in the demand/withdraw pattern of marital conflict. J Pers Soc Psychol. 1990;59(1):73-81. PMID 2213491. DOI 10.1037/0022-3514.59.1.73 — texte fondateur, cité pour l'origine du concept.
- Bretaña I, Alonso-Arbiol I, Recio P, Molero F. Avoidant Attachment, Withdrawal-Aggression Conflict Pattern, and Relationship Satisfaction: A Mediational Dyadic Model. Front Psychol. 2022;12:794942. PMID 35173651. DOI 10.3389/fpsyg.2021.794942
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- Candel O-S, Turliuc MN. Insecure attachment and relationship satisfaction: A meta-analysis of actor and partner associations. Pers Individ Dif. 2019;147:190-199. DOI 10.1016/j.paid.2019.04.037
- Overall NC, McNulty JK. What type of communication during conflict is beneficial for intimate relationships? Curr Opin Psychol. 2017;13:1-5. PMID 28025652. DOI 10.1016/j.copsyc.2016.03.002
- Kanter JB, Lavner JA, Lannin DG, Hilgard J, Monk JK. Does couple communication predict later relationship quality and dissolution? A meta-analysis. J Marriage Fam. 2022;84(2):533-551. DOI 10.1111/jomf.12804
- Karney BR, Bradbury TN. Research on Marital Satisfaction and Stability in the 2010s: Challenging Conventional Wisdom. J Marriage Fam. 2020;82(1):100-116. DOI 10.1111/jomf.12635
- Joel S, Eastwick PW, Allison CJ, et coll. Machine learning uncovers the most robust self-report predictors of relationship quality across 43 longitudinal couples studies. Proc Natl Acad Sci U S A. 2020;117(32):19061-19071. PMID 32719115. DOI 10.1073/pnas.1917036117
- Roddy MK, Walsh LM, Rothman K, Hatch SG, Doss BD. Meta-analysis of couple therapy: Effects across outcomes, designs, timeframes, and other moderators. J Consult Clin Psychol. 2020;88(7):583-596. PMID 32551734. DOI 10.1037/ccp0000514
- Rathgeber M, Bürkner P-C, Schiller E-M, Holling H. The Efficacy of Emotionally Focused Couples Therapy and Behavioral Couples Therapy: A Meta-Analysis. J Marital Fam Ther. 2019;45(3):447-463. PMID 29781200. DOI 10.1111/jmft.12336
- Institut national de santé publique du Québec. Violence conjugale : de quoi parle-t-on? (définition issue de la Politique d'intervention en matière de violence conjugale, 1995). inspq.qc.ca
- Organisation mondiale de la Santé. Violence against women. Fiche d'information (estimations de prévalence 2023, publiées en 2025). who.int
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- Gouvernement du Canada, ministère de la Justice. Projet de loi C-16, Loi visant à protéger les victimes, sanction royale le 18 juin 2026 (L.C. 2026, ch. 19) — nouvelle infraction de comportements coercitifs ou contrôlants envers un partenaire intime; entrée en vigueur différée. justice.gc.ca — repère législatif, ne constitue pas un avis juridique.
- SOS violence conjugale; Gouvernement du Québec, Services d'aide et ressources en violence conjugale (mise à jour du 12 février 2026). sosviolenceconjugale.ca; Info-Social 811 (Québec.ca) — ressources validées le 30 août 2026.
- Code des professions, RLRQ c. C-26, art. 37 u); Ordre professionnel des sexologues du Québec. opsq.org — source de champ d'exercice, sans valeur de preuve d'efficacité.
- Code des professions, RLRQ c. C-26, art. 37 d) i; Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. otstcfq.org — source de champ d'exercice, sans valeur de preuve d'efficacité.
Cet article est fourni à titre informatif par Apogei CLINIQUE et ne remplace pas une évaluation professionnelle. Il ne pose aucun diagnostic et ne permet pas de qualifier une situation particulière de conflit ou de violence. Si vous avez peur ou si vous êtes en danger, composez le 911 ou SOS violence conjugale au 1 800 363-9010.
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