La réponse tient dans une question : qu'est-ce qui pèse le plus en ce moment? Si ce sont les pensées, les émotions, les réactions — comprendre ce qui se passe et le traiter —, la psychologie est le point d'entrée naturel. Si c'est le contexte — logement, revenu, démarches, rôle de proche aidant, isolement, conflit familial —, le travail social vise directement ce qui bloque. Si c'est le quotidien qui ne tient plus — se lever, structurer une journée, reprendre le travail ou les études, retrouver ses rôles —, l'ergothérapie en santé mentale travaille précisément là. Ces trois angles se combinent souvent, et se tromper de porte n'est pas grave : l'équipe réoriente. Ce qui compte, c'est de commencer par la dimension la plus atteinte.

Trois objets d'évaluation, inscrits dans la loi

Au Québec, chaque profession a un champ d'exercice défini par le Code des professions, et ces définitions disent précisément sur quoi porte le regard de chacune. Le psychologue évalue « le fonctionnement psychologique et mental » et détermine des interventions et des traitements « dans le but de favoriser la santé psychologique et de rétablir la santé mentale »1. Le travailleur social évalue « le fonctionnement social » et vise à « soutenir et rétablir le fonctionnement social de la personne en réciprocité avec son milieu »2. L'ergothérapeute évalue « les habiletés fonctionnelles » et cherche à « développer, restaurer ou maintenir les aptitudes, compenser les incapacités, diminuer les situations de handicap et adapter l'environnement »3.

Trois verbes reviennent — fonctionnement psychologique, fonctionnement social, habiletés fonctionnelles — et la différence est dans le complément. Ce n'est pas une hiérarchie : une même activité, l'évaluation d'une personne atteinte d'un trouble mental attesté par un diagnostic, est réservée aux trois professions à la fois, chacune l'exerçant sous son angle1,2,3. Ce que la loi décrit, c'est ce que chaque professionnel peut faire — pas ce qui fonctionne le mieux. La suite de l'article s'occupe de cette deuxième question.

Ce qui se passe en soi : le point d'entrée psychologique

Lorsque ce qui pèse le plus se joue dans les pensées, les émotions, les réactions ou l'évitement, l'objectif est de comprendre et de traiter. C'est le territoire de la psychothérapie, dont l'effet est bien documenté : dans une méta-analyse de 228 essais randomisés, environ 41 % des personnes répondent au traitement sous psychothérapie (IC 95 % : 38-43) contre 17 % avec les soins habituels, et la détérioration passe de 12-13 % à environ 5 %4. Les auteurs ajoutent que ces effets ont « probablement été surestimés en raison du biais de publication et de la faible qualité de la plupart des essais », ce qui ne les annule pas mais en donne l'échelle réelle.

Un point que peu de gens savent : la psychothérapie est un acte défini par la loi, et elle n'est pas l'apanage des psychologues. Le Règlement sur le permis de psychothérapeute prévoit que ce permis est délivré, sous conditions de formation, aux membres de l'Ordre des ergothérapeutes et de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux, entre autres5. Le même règlement distingue de la psychothérapie plusieurs interventions qui n'en sont pas, comme « l'intervention de soutien », « la réadaptation qui vise à aider la personne à composer avec les symptômes d'une maladie ou à améliorer ses habiletés » ou « l'intervention de crise ». Autrement dit, choisir une profession ne revient pas à choisir entre « thérapie » et « pas thérapie » : cela revient à choisir l'angle d'évaluation.

Ce qui entoure : le point d'entrée social

Lorsque ce qui pèse le plus tient au milieu de vie, la logique change. Une revue systématique de 289 revues conclut que la pauvreté est « constamment associée à une prévalence accrue de troubles mentaux courants chez l'adulte », qu'un logement inadéquat l'est aussi, et que l'emploi est un facteur protecteur important6. La relation va dans les deux sens : les difficultés sociales favorisent les troubles, et les troubles dégradent la situation sociale. C'est ce qu'explique plus en détail le poids du contexte sur la santé mentale, et ce que l'individu ne peut pas porter seul.

Agir sur ce contexte a des effets mesurables, mais pas sur tout. Une méta-analyse d'essais randomisés sur les approches « logement d'abord » montre que les participants ont passé plus de jours logés (différence standardisée de 1,24; IC 95 % : 0,86-1,62) et avaient 2,46 fois plus de chances d'être logés à 18-24 mois (IC 95 % : 1,58-3,84), avec moins de visites à l'urgence; l'effet sur la santé à court terme restait « imprécisément estimé », et les quatre études incluses étaient à risque de biais élevé7. Une revue Cochrane sur le suivi intensif des personnes ayant un trouble mental sévère rapporte moins de jours d'hospitalisation par mois (différence de -0,86; IC 95 % : -1,37 à -0,34) et moins d'abandons du suivi (RR 0,68; IC 95 % : 0,58-0,79), sur des preuves de faible qualité8. Le travail social ne « traite » pas un trouble : il modifie les conditions dans lesquelles la personne le vit, et c'est parfois ce qui débloque tout le reste.

Ce qu'on arrive à faire : le point d'entrée fonctionnel

Il existe une troisième situation, fréquente et souvent mal nommée : la personne comprend ce qui lui arrive, son contexte est stable, mais ses journées ne tiennent plus. Se lever, manger à des heures régulières, sortir, reprendre le travail ou les études, retrouver ses rôles de parent, de conjoint, d'employé. L'Ordre des ergothérapeutes décrit ce travail sans détour : « développer ou restaurer son autonomie dans les activités quotidiennes (hygiène personnelle, entretien ménager, travail, études et loisirs) », et guider la personne « dans la reprise de ses occupations et de ses rôles tels qu'il les accomplissait avant »9.

Ce troisième angle a une justification scientifique précise : les symptômes et le fonctionnement ne bougent pas toujours ensemble. Une revue de la littérature sur la dépression conclut que « la relation entre les symptômes et le fonctionnement demeure étonnamment faible et souvent bidirectionnelle », et que « les changements de fonctionnement sont souvent en retard sur les changements de symptômes »10. Dans la grande étude américaine STAR*D, portant sur 2 280 adultes traités pour dépression, la proportion de personnes retrouvant une qualité de vie « dans la normale » n'a pas dépassé 30 %, et même chez celles en rémission des symptômes, 32 à 60 % continuaient de rapporter une qualité de vie réduite11. Les auteurs concluent que les traitements centrés sur les symptômes « peuvent laisser l'impression trompeuse que les patients sont rétablis ».

Sur le terrain du retour au travail, la revue Cochrane de référence (45 études, 12 109 participants) montre que c'est la combinaison d'une intervention orientée vers le travail et d'une intervention clinique qui réduit les jours d'absence (différence standardisée de -0,25; IC 95 % : -0,38 à -0,12; certitude modérée), alors qu'une intervention orientée vers le travail seule pourrait au contraire les augmenter (0,39; IC 95 % : 0,04-0,74; certitude faible)12. Le fonctionnement se travaille donc avec les autres angles, pas à leur place. Ce qui persiste après un événement difficile relève souvent de cette dimension, comme l'explique pourquoi le cerveau reste parfois en alerte après la fin du danger.

Pourquoi les trois angles se combinent souvent

La question « lequel des trois? » suppose qu'il faut choisir. Les données suggèrent plutôt que la combinaison est la norme quand la situation dure. Une revue Cochrane de 79 essais randomisés (24 308 participants) sur les soins collaboratifs — où plusieurs professionnels coordonnent leur suivi autour d'une même personne — trouve une amélioration de la dépression à court terme (différence standardisée de -0,34; IC 95 % : -0,41 à -0,27) qui se maintient à long terme (-0,35; IC 95 % : -0,46 à -0,24), et un effet comparable sur l'anxiété13. Une analyse plus récente sur données individuelles de 20 046 participants identifie la « stratégie de traitement thérapeutique », incluant une psychothérapie structurée et l'implication de la famille, comme la composante la plus efficace de ces soins14.

Se tromper de porte n'est pas un échec. Les trois professions partagent une activité réservée et un même vocabulaire — le fonctionnement — précisément pour pouvoir se passer le relais.

Quel type d'accompagnement peut aider?

Lorsque les journées ne tiennent plus — routines, énergie, rôles, retour au travail ou aux études — alors que la personne comprend ce qui lui arrive, une ergothérapie en santé mentale travaille directement le fonctionnement, l'organisation du quotidien et l'environnement, et prépare la reprise des occupations telles que la personne les accomplissait avant.

Lorsque ce qui pèse le plus se joue dans les pensées, les émotions ou les réactions, un accompagnement en psychologie vise à comprendre le fonctionnement psychologique et mental, à évaluer un trouble s'il y a lieu, et à offrir une psychothérapie dont l'effet est documenté. Lorsque ce qui pèse le plus tient au milieu de vie, un accompagnement en travail social agit sur les ressources, les démarches, les relations et les conditions concrètes, en réciprocité avec le milieu.

La même logique de choix par le besoin dominant vaut ailleurs : pour un élève, entre orthopédagogie, adaptation scolaire et psychoéducation; pour un couple ou une difficulté d'intimité, entre sexologue, psychologue et travailleur social. Dans tous les cas, un premier rendez-vous sert à nommer ce qui est le plus atteint aujourd'hui — et l'équipe réoriente au besoin, sans que la personne ait à tout recommencer.

Sources

  1. Ordre des psychologues du Québec. Qu'est-ce qu'un psychologue? et Quelles sont les activités réservées aux psychologues? Champ d'exercice et activités réservées inscrits au Code des professions. ordrepsy.qc.ca — source de champ d'exercice, sans valeur de preuve d'efficacité.
  2. Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Découvrir nos professions et Activités professionnelles réservées. Champ d'exercice inscrit au Code des professions. otstcfq.org — source de champ d'exercice, sans valeur de preuve d'efficacité.
  3. Ordre des ergothérapeutes du Québec. Qu'est-ce que l'ergothérapie? et Guide des activités professionnelles de l'ergothérapeute, mars 2024. Champ d'exercice inscrit au Code des professions. oeq.org — source de champ d'exercice, sans valeur de preuve d'efficacité.
  4. Cuijpers P, Karyotaki E, Ciharova M, Miguel C, Noma H, Furukawa TA. The effects of psychotherapies for depression on response, remission, reliable change, and deterioration: A meta-analysis. Acta Psychiatr Scand. 2021;144(3):288-299. PMID 34107050. DOI 10.1111/acps.13335
  5. Gouvernement du Québec. Règlement sur le permis de psychothérapeute, RLRQ c. C-26, r. 222.1, articles 1 et 6; à jour au 1er avril 2026. LégisQuébec — source réglementaire, sans valeur de preuve d'efficacité.
  6. Lund C, Brooke-Sumner C, Baingana F, et coll. Social determinants of mental disorders and the Sustainable Development Goals: a systematic review of reviews. Lancet Psychiatry. 2018;5(4):357-369. PMID 29580610. DOI 10.1016/S2215-0366(18)30060-9
  7. Baxter AJ, Tweed EJ, Katikireddi SV, Thomson H. Effects of Housing First approaches on health and well-being of adults who are homeless or at risk of homelessness: systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. J Epidemiol Community Health. 2019;73(5):379-387. PMID 30777888. DOI 10.1136/jech-2018-210981
  8. Dieterich M, Irving CB, Bergman H, Khokhar MA, Park B, Marshall M. Intensive case management for severe mental illness. Cochrane Database Syst Rev. 2017;(1):CD007906. PMID 28067944. DOI 10.1002/14651858.CD007906.pub3
  9. Ordre des ergothérapeutes du Québec. L'ergothérapie en santé mentale. Chroniques de l'ergothérapie, n° 15. oeq.org — description du rôle professionnel, sans valeur de preuve d'efficacité.
  10. McKnight PE, Kashdan TB. The importance of functional impairment to mental health outcomes: a case for reassessing our goals in depression treatment research. Clin Psychol Rev. 2009;29(3):243-259. PMID 19269076. DOI 10.1016/j.cpr.2009.01.005
  11. IsHak WW, Mirocha J, James D, et coll. Quality of life in major depressive disorder before/after multiple steps of treatment and one-year follow-up. Acta Psychiatr Scand. 2015;131(1):51-60. PMID 24954156. DOI 10.1111/acps.12301
  12. Nieuwenhuijsen K, Verbeek JH, Neumeyer-Gromen A, Verhoeven AC, Bültmann U, Faber B. Interventions to improve return to work in depressed people. Cochrane Database Syst Rev. 2020;(10):CD006237. PMID 33052607. DOI 10.1002/14651858.CD006237.pub4
  13. Archer J, Bower P, Gilbody S, Lovell K, Richards D, Gask L, Dickens C, Coventry P. Collaborative care for depression and anxiety problems. Cochrane Database Syst Rev. 2012;(10):CD006525. PMID 23076925. DOI 10.1002/14651858.CD006525.pub2
  14. Schillok H, Gensichen J, Panagioti M, et coll.; POKAL Group. Effective Components of Collaborative Care for Depression in Primary Care: An Individual Participant Data Meta-Analysis. JAMA Psychiatry. 2025;82(9):868-876. PMID 40136273. DOI 10.1001/jamapsychiatry.2025.0183
  15. Daaleman CE, Wright ST, Daaleman TP. The effectiveness of occupational therapy for mental health disorders in primary care: A systematic review. Br J Occup Ther. 2022;85(4):224-230. DOI 10.1177/03080226211058362

Cet article est fourni à titre informatif par Apogei CLINIQUE et ne remplace pas une évaluation professionnelle. Il ne pose aucun diagnostic. Seul un professionnel habilité peut évaluer une situation individuelle. En cas de danger immédiat, composez le 911; au Québec, Info-Social est joignable au 811 en tout temps.